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トウフ生活 - Tofu Seikatsu : Journal de vie d'un Français au Japon

Tofu Seikatsu: Journal de vie d'un Français au Japon au quotidien, blog, photoblog, anecdotes, embrouilles, coups de gueule, coups de coeur, coups de mou au Pays du Soleil Levant... et parfois en France aussi

01 février 2006

Chronique de la violence sociale à Osaka

Une scène d'une rare violence au Japon, vue ce dimanche et lundi sur la plupart des chaines de télévision:

20060201_osaka_sdf1

Samedi soir et dimanche matin s'est déroulé un affrontement assez singulier en plein coeur de Kita-ku, le quartier nord d'Osaka. 500 policiers ont fait face à une quarantaine de SDF et une centaine de leurs "supporters".

La clef du problème est simple. Au Japon, depuis l'éclatement de la bulle spéculative au début des années 90 et la montée du chômage, le phénomène des SDF s'est accentué, au point même de devenir "visible". Certains français rigolent de voir ces derniers (installés par exemple du côté de Shinjuku et Uneo à Tokyo) vivre dans des petites cahutes reconnaissables à leurs bâches bleues, certains même disposant d'une TV. Mais ce ne sont ni plus ni moins que des bidonvilles installés au sein des métropoles flamboyantes d'une économie qui se targue d'intégrer les siens.

Seulement voilà, chaque modèle social (et les français sont bien placés pour le savoir) a ses failles. Et ses "homeless" (mot anglais utilisé en japonais). Et chaque modèle social se plaît à mettre en avant ses réussites et à dissimuler ses échecs. Hors l'exclusion à la japonaise est d'autant plus criante pour deux raisons:

  1. Les SDF ici sont tous des hommes âgés, c'est à dire de plus de 40-45 ans, souvent proches de 60. Des hommes à une écrasante majorité. Des exclus et des victimes de la dépression des années 90. Un phénomène plus proche donc de celui rencontré aux États-Unis qu'en France.
  2. Les exclus sont voyants dans les villes: on les repère par blocs en raison de leurs huttes protégées par leur fameuses bâches bleues:


Et c'est ce que n'ont plus supporté les autorités municipales d'Osaka. La population de SDF dans la ville est estimée à environ 6.000 personnes. Et les jardins publics sont désormais verts (les arbres) et bleus (les bâches). Il a donc été décidé "d'en finir".  Un arrêté d'expulsion a donc été délivré à la quarantaine de SDF résidant dans un parc de Kita-ku. La ville et la police ont choisi d'expulser, et c'est tout.

Aucune mesure sociale, aucun accompagnement, aucune solution de relogement.

Dimanche matin, à 5 contre 1, les policiers ont donc trainé manu militari les SDF et les membres des associations de défense des exclus hors du jardin public, souvent violemment. Mais ce qui m'a choqué le plus, c'est ce qui s'est passé après.

Les policiers, armés de couteaux, de pieux, de pioches, ont lacéré et mis à terre toutes les constructions précaires faites de cartons et de plastique. Ils s'en donnaient à coeur joie, et symbolisaient pour moi ce qu'est cette violence symbolique inhérente aux sociétés modernes, et plus particulièrement à la société japonaise dans ce cas. Les japonais, même exclus, se séparent difficilement du groupe. Et tous avait réussi à recréer du lien, de la cohésion sociale (voir à ce titre ce reportage photo sur le site de la BBC). Et plus que leurs habitations, c'est leur dernière fierté d'homme qu'ils ont balayé.

On se détruit pas les hommes en les rendant pauvres, on les détruit en leur enlevant leur essence d'homme. Et les japonais sur ce coup-là sont plus généreux avec leurs animaux de compagnie qu'avec leurs exclus.

Une dernière anecdote:

Il y a 4 ans j'étais étudiant dans la région de Yokohama. Une fois revenant des courses tard le soir avec une amie, nous avons croisé dans le jardin public attenant à la résidence universitaire un homme en slip près d'une fontaine. Un peu affolée, cette amie (japonaise) était allée prévenir le gardien de la résidence, craignant qu'il ne soit un chikan, c'est à dire un pervers sexuel. Le gardien est allé le voir.

Il n'était pas chikan, il n'était pas un pervers.

C'était juste le SDF qui vivait à quelques mètres de là, sous le pont sur lequel nous passions tous les jours. Pourquoi était-il en slip? il se lavait, à une heure où peu de gens pourraient le voir. Par fierté, mais aussi et surtout par volonté de ne pas gêner le voisinage, de pas interférer dans l'harmonie du groupe.

Cette histoire aussi m'avait marqué.

Comme l'ultime exemple du wa, le concept même d'harmonie qui unit le peuple de l'archipel. Qui unit et qui exclut aussi cruellement. Qui refuse de voir sa propre "armée des ombres", celle qui froisserait sa lumière... Ici le soleil ne se lève pas pareil pour tout le monde, selon que l'on porte un sac Vuitton ou que l'on vive sous une bâche bleue...

Posté par massiou à 16:32 - Chroniques Sociales Nippones - Commentaires [5] - Permalien [#]

Commentaires

    Excellent post. Dure réalité.....

    Posté par Pascal B, 06 février 2006 à 21:08
  • Merci pour cette nouvelle, très intéressante. Comme j'y étais allé à ce quartier, je le vois un peu. J'envoie un "track back" pour un petit signe d'echange. Bonne continuation!

    Posté par karpos, 23 février 2006 à 06:24
  • Merci pour vos commentaires... cela fait très toujours plaisir

    Posté par Massiou, 25 février 2006 à 14:11
  • j'ai envie de pleurer là !

    Posté par shanti, 03 novembre 2008 à 05:20
  • La vie est injuste, il faut penser à la solidarité avec vos citoyens japonais "SDF"

    bj, j'ai fait un peu le tour sur votre blog, intéresasnt pour moi , j'ai suivi un peu la vie au japon que j'ai jamais visité, mais j'étais émue par l'exclusion de ces pauvres SDF on en a aussi en belgique mais au moins ont un chômage leur permettant de manger et subvenir à leur besoin minim et ya des centres d'hebergement où puissent dormir et se laver, je comprends pas comment on peut traiter des humains comme ça ya soluttion à tout c pour ça j'ai tant de compasion ave ces démunis .
    Amicalement de liège

    Posté par mandalina, 14 mars 2006 à 16:59

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