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トウフ生活 - Tofu Seikatsu : Journal de vie d'un Français au Japon

Tofu Seikatsu: Journal de vie d'un Français au Japon au quotidien, blog, photoblog, anecdotes, embrouilles, coups de gueule, coups de coeur, coups de mou au Pays du Soleil Levant... et parfois en France aussi

10 mars 2008

Agressivité et Passivité, Tokyo à l'heure de pointe

Désabusé, agacé, amusé... Depuis quelques temps je n'arrive plus à décrire mon état d'esprit quand je prends le métro aux heures de pointe à Tokyo.

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Tous les matins le rituel est le même: arrivée à la guerre à 8h06, laisser passer le train 8h07 où les gens s'entassent comme des sardines, prendre celui qui arrive deux minutes plus tard et trouver (facilement) une place assise, effectuer un premier changement au coeur de la ville, croiser des milliers de salarymen et office ladies de noir vêtus, reprendre un autre train à l'odeur plus "prononcée" pour deux stations, rechanger de ligne, se faire compresser une autre fois et attendre patiemment la libération à la station la plus proche du boulot... Rituel "Métro, Boulot, Dodo".
C'est de là que me vient souvent ces deux réflexions à l'écoute des grands discours sur le Japon:

- "Le Japon, pays communautaire" Bullshit!
C'est dans ces longues minutes de brassage humain (voire de compactage humain) que je me plais à observer les comportements de l'homme de la rue. Le 1er élément qui sidère, c'est le calme et le silence qui règne. Un étudiant écoute son baladeur MP3 de l'autre du wagon? je pourrais presque reconnaître le titre qui passe. Entre nous une bonne centaine de personnes, chacun dans sa bulle. Peur de se moucher, impossible d'avoir une conversation avec un ami de peur de se faire remarquer de tous. La majorité somnole sans demander son reste, les filles trifouillent leur téléphone portable et chacun s'ignore joyeusement. Ensemble dans un même lieu, mais chacun fait son maximum pour ignorer son voisin. Cet esprit communautaire n'existe pas dans les relations quotidiennes. Chacun est égoïste et égocentrique. C'est un défaut, mais je finis par comprendre que c'est aussi une nécessité pour survivre dans ce magma urbain qu'est Tokyo. Tokyo avale les individus comme peu de villes au monde. Rien ne ressemble plus à un autre salaryman que les milliers d'autres qui à sa suite emprunteront les mêmes couloirs de métro. Se replier sur soi, c'est aussi se construire un cocon protecteur. Mais c'est aussi déshumaniser un peu plus son prochain... ce qui m'amène à mon deuxième point.

- "Le Japon, havre de la Politesse" Mouaiff... Tu me la refais, stp?
"Qu'est-ce qu'ils sont gentils ces gens-là! et toujours polis en plus!" Réflexion typique de la plupart des touristes, femmes d'expatriés ou tout autre personne n'ayant pas la "joie" de "vivre Tokyo" au quotidien. L'impolitesse et les incivilités n'ont pas le même goût qu'en France: elles ne se voient pas, sont sournoises ou trop malignes pour vraiment sauter aux yeux. Pour ma part, je pense que le Tokyoïte de base n'a que peu de considération pour son voisin. L'essentiel est dans la fuite. Je m'explique. 3 personnes valides sont assises sur les sièges prioritaires, aucun ne se lèvera pour la femme avec sa poussette, la personne âgée ou l'étranger boitant avec son plâtre (je parle en connaissance de cause). L'attitude consiste en effet à faire comme si l'on avait rien remarquer: un regard fuyant, un journal semble-t-il passionnant, un instant de sommeil à rattraper... suivis d'une non-action. Vient ensuite l'instant délicieux de la montée/descente du wagon. Personne ou si peu n'a la présence d'esprit de ne pas se précipiter comme un fou furieux vers les portes, s'assurant que le voisin ne va pas subir ici un pied sur le sien, là un coup de parapluie trempé ou encore un coup de coude dans les côtes... (les plaisirs varient tous les jours) Tout le monde semble en retard, les cinquantenaires bourrus rentrent sans s'excuser auprès de la femme enceinte dont ils viennent de labourer les flans. Non la priorité est de sortir, le timing est serré: tout de suite ou jamais. L'horloge tourne, la politesse attendra.

MAJ: Le hasard fait bien les choses, le Mainichi Shibun d'aujourd'hui même consacre un article conséquent sur le sujet, où comment une bousculade dans le train peut se terminer soit en bagarre (avec un homme), soit en suspicion d'attentat à la pudeur (sur une demoiselle) qui vous transforme de pousseur-poussé en "chikan" (= "pervers", passable de quelques temps à l'ombre):
- "How wandering hands on packed trains can land you in jail, hospital, or the grave" sur le site du Mainichi Daily News (en anglais)

Posté par massiou à 12:04 - Ep.2: Tokyo, émois et moi... - Commentaires [4] - Permalien [#]

Commentaires

    charme et

    N'est-ce pas le lot quotidien de toutes les grandes villes? Il faut le connaître pour mieux savourer les charmes et la beauté de l'arrière pays méditerranéen, ceux du bord de mer à la pointe de la Bretagne, voire ceux du mont Fuji... Le choix n'est pas toujours un choix de coeur; la raison professionnelle l'emporte bien souvent. Quant au résident de la petite HLM du village, n'appuiera-t-il pas très vite sur le bouton de l'ascenceur au cas où le voisin le retarderait dans son trajet du 3ème étage au rez-de-chaussée? au cas où il lui faudrait ENCORE supporter la voisine et lui tenir la porte ? au cas où il faudrait entretenir 30 secondes de conversation avec la vieille dame du pallier. Individualisme à outrance, la bousculade en moins, je l'accorde. Faut être pionnier en matière de savoir-vivre, de respect, de considération , au risque d'être ridicule aux yeux de certains.
    I have a dream...

    Posté par mam, 13 mars 2008 à 19:31
  • J'ai vu hier ce que je crois être le 15ème échange de châtaignes dans le métro depuis les 12 mois d'installation que j'ai...je m'en lasse pas. Des nerveux de la bouteille le soir, des stressés du rectum le matin, chaque occasion est bonne.
    Les ploteurs, c'est plutôt ma copine qui y a droit, mais elle se défend.
    C'est bien cet article, ça fait longtemps que je me fait la remarque.
    Petit oubli, peut être : on n'est pas bien vu en étant poli non plus.
    Laisser passer une fille au moment de la bousculade de sortie ? Tu la met dans l'embarras (l'homme passe d'abord, ici).
    Laisser une place à une obaasan ? Je me suis déjà vu tirer des mines de "je t'ai rien demandé legaijin", mémé te tourne le dos et snobe la place qui est désormais inaccessible à tous pendant qu'elle soliloque vaguement un truc à mon encontre (pas de bol, j'ai compris, ce qui m'agace encore plus)
    T'excuser de pousser quelqu'un ? C'est l'accuser de pas mettre assez du siens dans l'effort d'entassage silencieux. Tu l'accuses d'être pas sympa, gros, n'importe, en somme, puisque tous se demandent pourquoi tu t'excuse...Je me suis prit un "va prendre le train d'après plutôt !" dans la tronche il y a peu.

    Double tranchant, à mon avis. Le tokyoite et le parisien semblent avoir ça en commun : dans 83,2% des cas (environ ), quoique tu fasse, tu le fais chier.
    (et je serais heureux que tu me dises que je me trompes)

    Posté par senbei, 07 avril 2008 à 01:49
  • Merci pour cette analyse sans concession, un site très intéressant!!!
    Loin des laudateurs habituels, et lieux communs, vous êtes un bloggeur dont les articles valent le détour...

    Posté par Gérald, 24 avril 2008 à 18:06
  • hello

    Salut,
    Tout d'abord mes félicitations pour ton blog que j'ai découvert hier. Franchement, les photos sont belles et ce que tu racontes bien intéressant!
    Alors, à propos de cet article en fait j'ai une question :
    Tu crois que le phénomène de bulle est typique d'ici?
    Je viens de débarquer ici, et j'ai l'impression que c'est la même à Paris... Sans doute, ici ce qui frappe c'est le calme stupéfiant qui règne, même quand les trains sont blindés...
    Je te mets dans mes liens ^^
    Pierre
    http://tokyobsession.over-blog.net/

    Posté par pierre, 25 avril 2008 à 14:37

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